La vie privée d’un cyborg

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Smartphone, portable, tour, tablette… La quête sans fin de l’équipement optimal.

Depuis que je suis assez grand pour me payer mon propre matos, je cherche encore et toujours la combinaison parfaite de bidules electroniques. C’est mon odyssée, mon Graal, mon supplice. En rétrospective, ma situation s’améliore sans cesse, avec la baisse constante des prix, et les progrès technique.

J’ai eu mon premier ordinateur portable en 2002. Racheté d’occase à une copine, pour pouvoir partir en stage aux USA. Le premier chapitre de ma vie de cyborg. Pour une fois, je pouvais avoir de la puissance de calcul en réserve pendant mes voyages. Avant ça, il fallait se rendre soi-même à la machine. Plus jamais ça ! Maintenant, la machine marchait avec moi.

En 2006, j’ai trouvé un job en Angleterre qui m’a « donné » un nouvel ordi portable. J’ai donc donné l’ancien. J’avais toujours ma vieille tour, mais elle était moins puissante que le portable. Je ne l’allumais jamais, alors je l’ai donnée aussi. Tout allait pour le mieux dans une petite utopie. J’avais une seule machine qui me servait à tout. Je croyais être au bout de mon chemin de croix cybernétique, quand je suis tombé sur ça :

Photo d'un ordinateur de poche

Mon premier ordi de poche ! Et un vrai, pas comme ces iPhone qui allaient nous tomber dessus un an plus tard. J’avais une full-debian là-dessus. Ça me permettait des choses incroyables : Voyager sans sac à dos, lire des ebooks confortablement, prendre des notes rapides. C’est à ce moment que j’ai cessé de toujours avoir un carnet et un stylo dans ma poche arrière.

J’y ai tellement cru que, lorsque j’ai dû rendre l’ordi portable à l’entreprise, j’ai décidé de vivre uniquement sur mon ordi de poche. C’était doublement pratique car c’est le moment que j’ai choisi pour partir en mode nomade avec mon vélo. Les kilos en moins m’ont été salutaire. Par contre, le bouquin sur lequel je travaillais à l’époque était en format .odt . Impossible de travailler là-dessus avec mon ordi de poche. Au bout de cinq mois, j’ai racheté un ordi portable léger. Nous somme en septembre 2007.

Ayant repris un mode de vie sédentaire en 2008, je reste sur mon modèle [ordi de poche + ordi portable]. J’habitais à Hambourg, dans une communauté sans espaces privés. On aurait pas su où mettre un ordinateur fixe. Mais la puissance de calcul d’une tour et le confort d’un grand écran me manquaient un peu. D’autant que, pour des raisons budgetaires, mon « portable » était en fait un netbook. J’ai tourné comme ça jusqu’en 2010.

Retour en France. Fort de ma maitrise de la langue, je me retrouve un taf d’ingénieur. Les largesses financières me permettent d’acheter un ordinateur fixe. Mais j’opte tout de même pour un de ces « nettops ». Petites machines à basse consommation. J’avais mauvaise conscience à consommer du courant nucléaire. Je délaisse aussi mon vieux N770 pour son petit frère, le N900, qui est le meilleur smartphone jamais créé. C’est pas une question de technologie, c’est une question de philosophie. Et le N900, c’était le smartphone de la liberté.

photo du n900

Bref, je suis maintenant en mode trois-machines. Une dans la poche, une dans le sac à dos, une à la maison. Et elles se recouvrent un peu. Je fais souvent des tâches du portable sur le smartphone, où du travail de bureau sur mon portable. Le N900 est un peu trop tout-nouveau pour vraiment remplacer un ordinateur portable. Et puis, le clavier, il est trop petit. Je fais tout de même à cette époque la prophétie de la disparition des ordinateur portables au profit de ceux qui tiennent dans la poche. Avec une grosse brute fixe à la maison pour les quelques tâches nécessitant de la puissance de calcul et/ou un grand écran.

J’ai continué en mode trois-machines jusqu’en 2012. Nokia a lâchement laissé tomber la plate-forme n900, je suis donc passé à Android. À mon grand regret d’ailleurs. Mais entre Charybde et Scylla, le choix est évident. Et puis, un beau jour, mon portable et mon ordi de poche ont rendu l’âme au même moment, alors même que mon nettop de bureau commençait à montrer des signes de vieillissement. C’était le moment de changer de paradigme.

J’ai décidé de laisser tomber le smartphone et le portable, et de les fusionner en une tablette 7 pouces. Et je suis repassé à une vraie tour, avec un vrai proc dedans. Ça pompe peut-être 80 Watts, mais ça ne prend pas cinq secondes entre le clic et l’action. Je suis vachement plus zen depuis, d’ailleurs. Mon karma est équilibré par le fait que je n’ai plus de portable (qui, même en netbook, tire quand même du 12 Watts). La tablette, elle, ne bouffe probablement pas plus de 3W en moyenne. Good.

Ça fait six mois que je tourne comme ça. La tablette est un peu trop grosse pour tenir dans une poche normale. Les poches de cuisse du futal de skateboard trouvent enfin leur utilité. Y a aussi moyer de modder les poches normale pour les rallonger, où ce truc que j’ai acheté, qui à le bon gout d’être pratique et classe :

C’est de loin le set le plus optimal que j’aie jamais eu. J’ai acheté un clavier bluetooth pliable pour la tablette, et elle couvre quasiment toutes les tâches du portable. Celles qu’elle ne couvre pas sont prises en charge par la grosse tour, qui (bonus!) a assez de patate pour me permettre de jouer à Serious Sam. Bien évidemment, la tablette couvre aussi les cas d’utilisation de smartphone, mais avec trois fois la durée de vie batterie. Et avec les appels et SMS en moins. Ce qui est un véritable soulagement. Je peux appeler le réseau GSM et fixe et envoyer des SMS avec SIP, pour communiquer avec les gens qui n’ont pas internet, mais personne ne peux me bipper comme un malpropre.

La seule utilisation inconfortable est de regarder l’heure. Sortir sept pouces de tablette pour ça c’est un peu excessif. Je suis donc à deux pas de m’acheter une montre. Une montre connectée, tant qu’à faire.

Mais c’est toujours pas parfait. Les tablettes notamment, sont conçues comme des gadgets de riches. Elles sont censées passer leur vie sur le coin d’une table basse. Quand on les utilise à 100%, on rencontre des problèmes d’ergonomie. Le bouton d’allumage est très proéminent. Dans la poche, elle s’allume tout le temps. Les fonctionnalités de la tablettes sont clairement conçues pour la consommation (surfer, mater des films), alors que je l’utilise la moitié du temps pour la production (écrire, conception web). Une autre conséquence malheureuse est que j’ai un peu perdu contact avec mes potes trop dépendant du téléphone du 20e siècle.

Le fait que les cas d’utilisation des mes deux machines ne se recouvrent pas est un avantage indéniable. Pour chaque tâche, je sais quelle machine utiliser. Par contre, c’est problématique quand une machine casse. Quand c’est la tour, c’est pas dramatique, ces bestioles sont faites pour être réparées rapidement. Quand c’est la tablette, là… Il faut faire franchir un océan aux pièces, la procédure de réparation est compliquée. Et pendant ce temps là, je suis un peu handicappé. Ça vient de m’arriver. Écran craqué sur la tablette. J’attends les pièces depuis une semaine, et j’ai l’impression d’avoir perdu un bras.

La prochaine évolution sera probablement l’arrivée de vrais systèmes d’exploitation pour tablettes. Des trucs comme Plasma Active ou Ubuntu Touch. Avec utilisateurs multiples et support pour les même applications que l’ordinateurs de bureau. Comme ça, si une machine casse, on peut en partager une avec un autre membre de la communauté, le temps que la réparation soit faite. Comme on peut déjà le faire avec les ordinateurs. J’attends ça avec impatience.

Ça c’était pour le futur proche. On y sera d’ici Noël. Pour le futur lointain, les collimateurs comme Google Glass vont probablement nous faire les poches. Ils ont le potentiel de remplacer la machine de bureau aussi, avec un processeur d’appoint fixe pour le calcul lourd, mais à quelques conditions : que ça ne foute pas le mal au crane, et que ça ne foute pas le cancer. Après 20 ans de téléphones portables directement contre le corps sans conséquences, on peut peut-être accepter que les ondes ne donnent pas le cancer (et ne rendent pas stérile). Reste à voir si la réalité augmentée ne cause pas de problèmes de santé. Mais y a pas de raison de ne pas être optimistes.

Moi, je le suis.

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