Le nazi consensuel

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Puisqu’on va en arriver là de toute manière, sautons tout de suite au point Goldwin.

La plupart des Allemands de 1940 ne prenaient aucune part aux exactions du 3e Reich. Citoyens ordinaire, ils vivaient leur vie et contribuaient à la Nation par leur travail et l’éducation qu’ils donnaient à leurs enfants. La guerre était là de toute façon, et il n’y avait rien qu’ils pussent y faire. Peut-être si on leur avait demandé dans les années 30… Ah ben tiens, c’est ce qu’on va faire.

Est-ce un péché, lorsque la vie vous gâte, d’en profiter sans se poser de questions ?

Avant la guerre, on ne savait pas qu’il allait y avoir une guerre. On sortait d’une qui avait mis l’Allemagne à genoux, mais le nouveau chancelier avait bien redressé le pays. Bien des Allemands étaient certainement complètement aveugles aux conséquences de leur soudain confort. Ils se disaient juste que tous ces emplois et bénéfices étaient formidables, sans regarder plus loin. Heil Hitler ! Certains avaient peut-être pressenti que toute cette activité frénétique était annonciatrice de quelque chose de pas net. Fort peu durent avoir la prescience de sentir venir le plus grand massacre de l’humanité. Mais ça leur courrait sur le haricot quand ils y réfléchissaient. Mais bon, comme ils avaient un bon job bien payé à l’usine de bombes, et ces autoroutes sont quand même si pratiques… Fait péter le barbeuque et sort le pack de Beck’s du frigo.

Hitler souriant

Très peu osèrent s’opposer de vive voix au sentiment général que le 3e Reich avait amené une époque plutôt cool, et que tous ces soucis d’éthique ne faisaient qu’emmerder les bonnes gens qui ne voulaient rien faire d’autre que de profiter de la vie, merde. L’histoire a donné raison à ces quelques rabat-joies. La multitude avait eu tort. Les Allemands d’aujourd’hui vous le confirmeront. Ils font encore la pénitence de leur acceptation silencieuse de cette spirale macabre.

Peut-on vraiment les montrer du doigt ? Est-ce un péché, lorsque la vie vous gâte, d’en profiter sans se poser de questions ? Peut-on les condamner ? Le puis-je, moi ? Avec mon compte-Facebook-super-pratique-pour-garder-le-contact-et-on-s’en-fout-de-ce-qu’il-feront-un-jour-avec-nos-données-cumulées où je déverse ma vie tous les jours ? Le puis-je, moi ? Avec mon ordinateur-de-poche-super-pratique-fabriqué-avec-des-minéraux-qui-financent-la-guerre-au-Congo ?

Le pouvez-vous ?

Bien sûr, individuellement, votre contribution au génocide du Congo est infime ou nulle. Mais c’est pareil pour nos nazis passifs. C’est l’addition de millions de petits bulletins de votes insignifiants qui a mis entre les mains de la plus célèbre moustache du siècle les clés de l’holocauste et de la guerre. Facebook ne vit que de ça. Chaque profil est insignifiant seul, mais tous les profils centralisés en leurs mains leur donne un pouvoir phénoménal. À eux, ou à ceux qui les contrôlent. Le nazi consensuel c’est vous peut-être.

L’allemand de 1940 ayant pris tout à coup conscience de la folie du 3e Reich, que pouvait-il faire ? Il était impuissant, contraint de continuer à contribuer à cette danse macabre, sous peine d’Abu Ghraib. La bonne nouvelle, c’est que pour nous, pas de gestapo. La prise de conscience peut-être immédiatement suivie d’action. Et je ne parle pas de fermer votre compte Facebook et de jeter vos bidule electroniques à la poubelle. Il existe quelques alternatives à Facebook qui ne sont pas centralisées. À l’usage, c’est vraiment similaire. Renseignez vous un peu dessus, créez-y un profil peut-être. Ou simplement, gardez-le dans un coin de l’esprit. Et quand, un jour, vous entendrez un ami se plaindre de la mainmise de Facebook sur la vie privée des gens, proposez-lui de partir avec vous à la conquête du web social décentralisé.

Pour ce qui est de vos bidules. Il faut les vendre. Sauf ceux dont vous avez vraiment besoin. Si vous « ne savez pas vraiment vous en servir », si c’est « un cadeau », si le domaine d’utilisation de vos bidules se recouvrent, vendez-les ! Ça fait baisser le cours.

Sans rire, si tout le monde vendait les bidules dont il se sert pas ou peu, le chiffre d’affaire d’Apple et Cie en prendrait une telle claque qu’ils ne pourraient plus payer les milices qui sécurisent leurs mines de coltan.

Si vous n’utilisez plus votre ordi portable depuis que vous avez une tablette, vendez-le. Si vous l’utilisez toujours juste quand vous avez besoin de taper quelque chose de long, il serait peut-être bon de considérer un clavier externe pour votre tablette. Si vous avez besoin d’acheter un petit bidule pour pouvoir vous débarrasser du gros, lâchez-vous ! Si votre ordinateur portable trône sur le même bureau depuis trois mois, remplacez le par un fixe. Un fixe dure dix fois plus longtemps parce qu’on peut changer les pièces facilement. Si vous possédez un lecteur de musique, un smartphone, un appareil photo, une tablette, un ordinateur portable et un ordinateur de bureau ; vous en avez en trop ! Trouvez ceux qui vous manqueront le moins et vendez-les.

Dernière chose, gardez l’œil sur les initiatives comme http://www.fairphone.com

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