Punching-ball idéologique

Temps de lecture estimé : 14 minutes
Samedi je suis passé à Málaga, où je suis tombé sur un groupe de punks végétaliens qui vendaient des sandwichs et des boissons afin de financer l’ouverture d’un sanctuaire pour animaux de ferme. Pour ceux qui se demandent, c’est comme une ferme, sauf qu’on n’y tue pas les animaux. Et on ne les y trait pas non plus, pas plus qu’on ne leur pique leurs œufs ou tond leur laine. On ne fait que les y nourrir. Ils y meurent de vieillesse.

Si on ne trait pas une vache laitière, est-ce qu’elle n’explose pas au bout d’un moment ?

Ça a généré en moi une cascade de questions. Si on ne trait pas une vache laitière, est-ce qu’elle n’explose pas au bout d’un moment ? Et que vont-ils faire le la montagne d’œufs non-fécondés que les poules ne vont pas manquer de leur faire ? S’ils les laissent se reproduire librement, d’ici cinq générations, ils seront assez nombreux pour conquérir le Monde…

Sans rire, je ne sais pas si les végétaliens se rendent compte que leur philosophie mène tout droit à l’extinction de la plupart des espèces fermières. Si on lâche toutes les poules de batterie dans la nature, ça sera Noël pendant trois semaines pour les chiens. Et au bout d’un mois, la race galinaceus multiplicatris aura rejoint son cousin le dodo dans la liste des victimes collatérales du progrès. Pour les vaches, ça ne prendra pas beaucoup plus longtemps. Elles sont incapable de mettre bas sans assistance humaine. That’s right, pour chaque veau qui nait, il y a un homo sapiens qui tire. Toutes les femelles mourront en couche, et les taureaux mourront vieux garçons. Les moutons, eux, seront décimés par leur incroyable stupidité. Y a pas plus bête qu’un mouton. Que l’un d’entre eux déboule dans un ravin, et c’est tout le troupeau qui s’y jette. Quand aux cochons, ils survivront probablement là où les humains ont exterminé leurs prédateurs potentiels. Là où il y a encore des loups, ils y passeront aussi.

Après 20 000 ans de sélection des bêtes les plus grasses, les animaux de ferme ne sont plus bons qu’à ça. La ferme. Le jour où nous cessons de les exploiter, ils n’en restera que dans les zoos. Les végétaliens s’en rendent-ils bien compte ?

Vous l’avez probablement deviné, c’est une question réthorique. J’ai la réponse ici. Mais tout de même, c’est une question fascinante. Vouloir sauver les animaux individuels revient à condanner l’espèce entière. Déjà que, les végétaliens, niveau nutrition…

Fucking vegans. They're WRONG!

Ne le perdons pas de vue, le végétalisme est une idéologie. Il y en a qui sont végétaliens parce qu’ils n’aiment pas la viande et sont allergique au lactose et à l’albumine. Nous les apparenterons à ceux qui font circoncire leurs gosses parce qu’ils ont lu quelque part que c’est plus hygiénique. On va se limiter ici aux végétaliens « normaux » : ceux qui le sont par refus de l’exploitation animale.

En cela, le végétalisme est symptomatique d’une société de gens informés, d’une part, où les animaux sont maltraités, d’autre part. Il y a fort à parier que, dans une société un peu différente, où tout un chacun se soucie grandement de la souffrance des bêtes, le végétalisme disparaisse complètement. Dans cette société hypothétique, nécessairement fortement végétaRienne, aucun fermier, aucune multinationale agroalimentaire ne prendrait le risque de maltraiter son cheptel pour grapiller de la productivité. Ce serait un scandale. Dans cette petite utopie, personne ne serait confronté à des images choquantes de poulets en batterie, d’abattoirs à la chaine et de trayeuses mutilatrices. On n’aurait pas de punks radicalisés prêts à organiser des opérations commandos pour aller enlever des animaux de ferme etet les mettre en « sanctuaire ». Et on n’aurait probablement peu de végétaLiens. Être végétarien suffirait. C’est pourquoi l’hypothèse de la « société 100% végétalienne » est un peu drôle.

Maintenant que j’y ai bien réfléchi, je ris bien volontier de ma première réaction WTF à l’évocation du concept de « sanctuaire pour animaux de ferme ». Mais ça m’a permis de remarquer quelque chose : autant pour ce qui est des choix de vie bizaroides, je suis du genre tolérant, autant les idéologies alimentaires font naitre en moi une indignation vertueuse. J’ai vu des gens se prosterner devant des idoles en béton armé ; des hippies chanter sous la lune pour que la récolte soit meilleure. Je n’ai pas tiqué. J’évite consciencieusement de toucher mon assiette avec la main gauche dans certaines contrées et je n’oserais jamais entrer dans un temple Hindou ou une mosquée avec mes chaussures aux pieds. Sans doute est-ce le cas pour vous aussi. On respecte les choix de vie des autres. Mais qu’un punk m’avoue être crudivore, et un impérieux besoin me prend de lui prouver par Einstein et Archimède que son choix est stupide.

La bouffe, c’est sacré. Dans la pyramide des choses sacrées, c’est juste au dessus de Dieu. C’est comme ça, c’est un bug de la nature humaine. Les gens sont prêt à tout pour défendre leur religion alimentaire et déscendre celle des autres. Et il n’y a qu’une chose encore plus impossible que de faire changer d’avis une personne qui suit la même foi alimentaire depuis sa naissance, c’est de faire changer d’avis une personne qui a choisit la sienne.

Le végétaliens connaissent la musique. Ils passent bien trop de temps à devoir justifier leur choix. Et, nécessairement, ils s’y connaissent mieux que vous. Même si votre cousin diététicien vous l’a bien dit. Même si vous êtes dans le métier vous même. Votre foi aveugle votre raison. Les végétaliens, ils en connaissent un rayon de plus.

Live and let live. Eat and let eat.

  3 Replies to “Punching-ball idéologique”

  1. Grunt
    11 avril 2013 at 07:27

    « Nous les apparenterons à ceux qui font circoncire leurs gosses parce qu’ils ont lu quelque part que c’est plus hygiénique. »

    Ah bon ? Les végétaliens font un choix qui n’engage qu’eux. À la différence des gens qui trouvent des justifications toutes pourries pour agresser sexuellement des gosses, d’une façon ou d’une autre.

    • 11 avril 2013 at 16:21

      Une analogie est nécessairement inexacte. Comparer les végétaliens qui le sont pour des raisons non-idéologique et les circoncisions pour raison non-religieuse me parait toujours juste. Peut-être aurais-je dû écrire « qui se font circoncire ». Mais c’est un truc qui n’arrive jamais.

  2. 9 avril 2013 at 02:53

    Intéressant !
    T’avais vu le wiki que j’ai commencé, c’est surtout pas que pour les végétaliens 🙂

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