Comment dédicacer un ebook

Temps de lecture estimé : 33 minutes

Ce billet est repris d’un tuto que j’avais publié sur le site de mon éditeur.

Remontage de manches

Pour dédicacer un ebook, vous n’avez besoin que d’un ordinateur. Peu importe qu’il soit Windows, Mac ou Linux. Vous pouvez même le faire depuis votre ordiphone. Cependant, l’utilisation du logiciel libre et gratuit Calibre vous facilitera grandement la tache. À travailler directement le fichier, sans l’intermédiaire de Calibre, vous en viendrez à mieux comprendre la structure des fichiers ebooks. Dans les deux cas vous devrez mettre les mains dans le code. Pas de panique, vous êtes accompagné-e. Faites votre choix. J’expliquerai sans Calibre, avec des petits commentaires pour les tricheurs.

Au commencement, on suppose que vous avez un fichier ebook au format « epub ». Comment il a été produit n’est pas de mon ressort.

Vous voilà prêt à passer à l’action.

Explosion !

La première étape consiste à décompresser le fichier, où comme on dit dans le jargon, à l’exploser, de manière à avoir accès à ses composants internes. Vous ne le savez peut-être pas, mais un fichier epub est en fait un fichier « zip » dont on a modifié la fin du nom de fichier de « xxxx.zip » en « xxxx.epub ». Si vous utilisez Calibre, vous devez d’abord importer le livre dans Calibre. Une fois qu’il est affiché dans Calibre, d’un clic droit : « éditer le livre » et il affichera la liste des fichiers internes en vous laissant la possibilité de les modifier.

calibre-edit

Si vous préférez vous passer de Calibre et opérer à vif, Il vous suffit donc de changer le nom du fichier, remplaçant la terminaison « epub » par « zip » et voilà.

Ces deux fichiers sont des frères jumeaux.

Ces deux fichiers sont des frères jumeaux dont l’un a changé son nom de famille.

Vous pouvez décompresser votre ebook avec le même programme que vous utilisez habituellement pour ouvrir les fichiers zips.

Vous vous retrouverez avec un beau fatras de dossiers et fichiers aux noms barbares. Ne vous inquiétez pas, nous n’allons nous concentrer que sur certains d’entre eux.

fichiers

NB : Vous êtes peut-être en train de vous dire que vous n’avez pas besoin de décompresser, que vous pouvez travailler directement dans le zip. Ne faites pas ça, ça merdera à la fin. Vous comprendrez au dernier chapitre.

Dépêtrer les spaghettis

On va essayer de retrouver les fichiers correspondants au texte de votre ebook. Ils sont faciles à repérer, ce sont les seuls dont la terminaison est en « .xhtml ». Il y a en général un par chapitre. Ils seront probablement numérotés par ordre croissant. Explorez un peu et vous les trouverez. Ouvrez donc-s-en un pour voir. Attention, si vous double-cliquez, il y a de bonnes chances que votre machine essaye de l’ouvrir avec Firefox. On veut voir le code alors il faut les ouvrir avec un éditeur de texte. Je ne parle pas ici de « traitement de texte » dont on se sert pour produire des documents imprimables, mais d’éditeur de textes bête et méchant dont on se sert pour lire les fichiers « .txt » .

Vous avez ouvert l’un des fichiers « .xhtml » de votre ebook? Dedans, c’est du code HTML. Comme pour faire des sites web. Oui, les ebooks et les sites web sont basés sur la même technologie. Ah, c’est pour ça que Firefox a essayé d’ouvrir l’autre fichier là ! vous dites-vous aussitôt. Eh bien oui, exactement.

Le code HTML est assez difficile à digérer. Vous reconnaitrez à peine votre chapitre. Mais bon, vous retrouverez tout de même vos mots, entrecoupés d’horribles borborygmes codés. Ce n’est pas grave. L’ordinateur il comprend, lui.

HTML

Bon, assez de tourisme, on passe à l’action. Plutôt que de dédicacer sur une page existante, comme le ferait n’importe quel péquenot du papier, on va mettre notre dédicace sur sa page dédiée rien qu’à elle. Ça leur en bouche un coin, ça, aux péquenots du papier. Ajouter une page au milieu d’un livre ! Mais il va falloir renuméroter toutes les pages suivantes ! — Que nenni ! La magie du numérique s’occupe de tout. Tu peux pas comprendre, retourne dans ta caverne.

Donc, disions-nous, on va créer un nouveau chapitre d’une page pour notre dédicace. C’est-à-dire, créer un nouveau fichier en « .xhtml », et le remplir du même baragouin que tous les autres. Ou plutôt, pour nous éviter un ulcère, on va faire le tour de passe-passe suivant : on va en fait faire une copie de n’importe lequel de vos chapitres, en changer le nom et uniquement la partie du contenu correspondant au texte. Parce que, vous aviez peut-être pas remarqué, mais l’immonde blob de code qui encadre le texte est le même pour tous les fichiers-chapitres.

Faites donc un copier-coller de n’importe lequel de vos chapitres. Ou créez un nouveau fichier vide et collez-y le contenu entier d’un de vos fichiers « .xhtml » existants. Renommez ce duplicata du nom que vous voulez, avec la terminaison « .xhtml ». Par exemple: « dedicace.xhtml » (évitez les accents et les espaces dans les noms de fichiers). Puis, à l’intérieur du fichier, supprimez donc tout ce qui fait le texte du chapitre. Votre texte à vous. Ne gardant que le code incompréhensible. CAD supprimez tout ce qui se trouve entre la balise <body> et </body> (sans supprimer les balises elles-mêmes). Vous voilà en possession d’un nouveau fichier-chapitre, vierge comme un joueur de Minecraft.

copy

rename

before

after

Il s’agit maintenant d’y écrire la dédicace. Je vois deux manières de s’y prendre : Écrire la dédicace en tant que texte dans le fichier, où sur un bout de papier scanné. On va étudier les deux.

Dédicace en tant que texte

Entre les deux balises<body> et </body>, on va donc devoir écrire… du HTML. Pas d’inquiétude, notre HTML va rester dans le basique de chez basique.

Dans le HTML, tout est contenu entre des balises. Les titres de chapitres sont généralement contenus entre un <h2> et un </h2> (vous pouvez vous en assurer en ouvrant un de vos chapitres dans un éditeur de texte). On commence un paragraphe par <p> et on le termine par </p>. Vous allez donc écrire une dédicace qui aura l’air de

<h2>Dédicace</h2>
<p>Cet exemplaire unique a été produit par l’auteur pour Napoléon Bonaparte, qui m’en a fait la demande lors de mon dernier trip aux champis.</p>
<p>Julien Boyer</p>
<p>Jeudi 17 avril 2014 à Amsterdam, Hollande</p>

 
Vous collez tout ça entre <body> et </body> vous sauvegardez, et le tour est joué.

Vous voulez un aperçu du résultat, hein? Vos dédicaces seront probablement très différentes des miennes, mais bon.

Avant dédicace

Avant dédicace

Dédicacé !

Dédicacé !

image

Zoom sur la dédicace

Zoom sur la dédicace

Dédicace en tant qu’image

Si le coup de stylo sur le papier est pour vous indissociable d’une dédicace, munissez-vous d’une feuille volante, de votre plume de prédilection et d’un scanner, où d’un appareil photo numérique. Faites votre dédicace sur la feuille, et scannez-là ou prenez-là en photo. Deux ou trois retouches plus tard sur votre logiciel préféré (prenez garde notamment à réduire la résolution et à compresser, de manière à ne pas alourdir trop le livre), vous avez un fichier image avec votre dédicace dessus, prêt à être intégré à l’epub.

Nous en sommes à l’étape où l’ebook vient d’être explosé. Le dossier contenant tous les fichiers internes est ouvert devant-vous, vous avez créé un nouveau fichier « dedicace.xhtml » avec un grand vide entre les balises <body> et </body>, et vous vous demandez comment coller une image là-dedans.

Déjà, on va déplacer l’image dans le dossier du livre. Juste à côté de votre nouveau fichier « .xhtml » c’est bien. S’il y a un dossier nommé « images », c’est pas mal de le mettre là aussi. Une fois que votre image est à sa place, il suffit de mettre un lien vers cette image dans le fichier dédicace.

Entre <body> et </body>, insérez ceci :

<h2>Dédicace</h2>
<img width="100%" alt="Image" src="dedicace.jpg"/>

 
Si vous avez lu le chapitre précédent, vous savez que le <h2> c’est pour y mettre le titre du « chapitre ». Le reste, c’est du chinois. Explication :

<img indique qu’on veut faire figurer une image. src="dedicace.jpg" indique où se trouve cette image. Si vous avez sauvegardé votre image dans un dossier « images » alors ce sera src="images/dedicace.jpg" à la place.

width="100%" dit au programme de lecture de faire tenir l’image sur toute la largeur de l’écran. Parce que, votre image, elle a un certain nombre de pixels de large. Et il y a peu de chance que l’écran de lecture fasse exactement la même largeur. Si l’écran est plus large, c’est pas dramatique, votre image ne prendra pas toute la place. Mais si l’écran est plus petit, alors votre lecteur n’en verra qu’un bout. Ça, c’est dramatique. Si si. Un éditeur en perdrait le sommeil.

alt="Image" n’est pas très important. C’est juste pour afficher le mot « Image » si jamais le programme de lecture n’arrive pas à afficher l’image elle-même pour une raison où pour une autre. C’est une bonne pratique de l’édition qu’on va essayer de perpétuer, s’y vous plait, même si on est des amateurs.

Avant dédicace

Avant dédicace

Dédicacé !

Dédicacé !

Zoom sur la dédicace

Zoom sur la dédicace

Vous vous croyez tiré d’affaire ? C’est maintenant que le travail bête commence. Voyez-vous, le format epub est un format pointilleux et chicaneur. On le croirait presque inventé par un éditeur. On ne peut pas créer de nouveaux fichiers comme ça, voyons. Il faut de l’ordre ! De la discipline ! Non mais.

L’ordre et la discipline sont dans le fichier qui se termine en « .opf » . Le reste du nom du fichier importe peu, il n’y en aura généralement qu’un seul. Si le HTML vous avait donné le tournis, sortez le sac à vomi. Le fichier OPF, c’est du lourd.
Dans le fichier OPF, sont déclarés tous les fichiers qui composent le livre. Un peu comme un registre d’identité. Or, vous venez d’allègrement créer de nouveaux fichiers qui n’y figurent pas. Ça ne va pas se passer comme ça. Il faut les déclarer. Ça se passe dans le chapitre  <manifest>

Dans cette section, on voit une longue liste de tous les fichiers, un par un, l’ordre est sans importance. Ajoutez une ligne et, en utilisant le même look que les autres lignes, ajoutez votre fichier. Chez moi, ça donne ça:

<item href="jesus_2.0_split_066.xhtml" id="html42" media-type="application/xhtml+xml"/>
<item href="jesus_2.0_split_067.xhtml" id="html41" media-type="application/xhtml+xml"/>
<item href="dedicace.xhtml" id="schtroumph" media-type="application/xhtml+xml"/>

Notez le « id= »schtroumph » » grâce auquel je fais montre de mon sens de l’humour désopilant. Vous pouvez choisir ce que vous voulez comme « id ». C’est pour faire une référence juste un peu plus bas. Donc « schtroumph » c’est pas mauvais. « dedicace » est pas mal non-plus. Plus descriptif en tout cas.

Un peu plus bas dans ce fichier se trouve le paragraphe <spine>. C’est là qu’est indiqué dans quel ordre les fichiers-chapitres doivent être lus. C’est là que vous allez placer votre dédicace. Ça vous turlupinait peut-être d’ailleurs, de ne pas avoir eu, jusqu’ici, à choisir où faire votre dédicace. Et ben voilà, y a plus de mystère. Voulez-vous la faire figurer juste après la couverture ? Après la mention de droits d’auteurs ? À votre convenance. Insérez le « id » de votre dédicace là où vous voulez. « schtroumph » pour moi, « dedicace » ou n’importe quoi d’autre pour vous.

Et voilà, le travail de bureaucrate est terminé. Remettez-donc votre casquette de programmeur.

Sous presse

C’est fini, il n’y a plus qu’à recompresser. Ce qui est une opération… délicate. — Oh ben non ! Après tout ça on espérait au moins une étape facile ! Il ne suffit pas de tout rezipper ?
En fait, pour ceux qui travaillaient sous Calibre, il suffit de sauvegarder et voilà, pas la peine de lire la suite. Pour les autres (je vous félicite au passage)… comme je vous le disais, le créateur du format epub avait le sens du détail. Si je le croise un jour dans la rue…

Il faut d’abord zipper le fichier mimetype. Vous ne l’aviez pas remarqué jusque-là, mais il fait bien partie du fatras. Vous commencez par zipper celui-là sans le compresser ! Ça parait un peu bizarre comme idée, mais la norme epub réclame que l’ebook soit compressé, sauf le fichier mimetype. Trouvez l’option « taux de compression » dans votre programme de zippage et mettez le à zéro. Si votre programme de zippage ne fait pas ça, je vous donne la ligne de commande qui fait le travail :

zip -X -0 gbe.epub.zip mimetype
(fonctionne sur tout OS)

Une fois qu’il est tout seul dans son zip, vous ajoutez tous les autres d’un seul coup.

Une fois votre zip zippé, changez sa terminaison « .zip » en « .epub », ouvrez-le et croisez les doigts.

Si ça plante, contactez-moi! Au fur et à mesure des erreurs, on va pouvoir raffiner ce tutoriel de manière à ce qu’il marche toujours.

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