Quel programme utiliser pour écrire un livre ?

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Tout dépend du futur que vous envisagez pour votre pavé, mais avant toute chose, attaquons-nous à l’éléphant dans le magasin de porcelaine…

Les traitements de textes, comme Microsoft Word, LibreOffice Writer et consorts, ont été créé avec un certain type d’utilisation en tête : taper une lettre dans le but de l’imprimer, la plier dans une enveloppe, coller un timbre dessus et la faire livrer par avion ou pony express. On peut également y taper un compte rendu de réunion, afin de l’imprimer et de le déposer sur le bureau de la secrétaire du gestionnaire adjoint. Les programmeurs maladroits responsables de ces logiciels n’avaient jamais imaginé que leurs utilisateurs se mettraient à écrire des thèses et des romans avec. Ils sont bien emmerdé maintenant, parce que lesdits utilisateurs maudissent leur nom à chaque fois qu’ils doivent faire une modification de style qui casse la mise en page sur chacune des 500 pages du document. Et il faut aller réparer à la main, page par page.

Évitez ces programmes comme la peste. Surtout si vous n’avez pas l’intention de faire imprimer !

Les vrais pros séparent la phase d’écriture et de publication. Lorsque vous martyrisez votre clavier, c’est une mauvaise idée de se soucier de la mise en page. On s’en préoccupera une fois le livre terminé. Pour écrire, on va simplement utiliser un éditeur de texte. Le truc super-basique qui sert à ouvrir les fichier TXT. Ça ne fait pas d’italique, ni de titres et de tables de matières… Qu’importe, on écrit là. Il vous suffit de signaler les éléments de mise en page par de petites balises, comme en HTML. Donc la question se pose différemment. Ce n’est pas tant « quel programme utiliser », mais « quel type de langage de production ».

Écrire

Revenons-en au départ. Quelle futur avez-vous en tête pour votre scribouille ? Deux modes de publication ont la côte en ce moment : ebook et impression sur papier.

Si vous vous voyez à 100% dans le nuage numérique, et que l’idée qu’un arbre soit coupé à cause de vous vous donne la nausée, le problème est bien simplifié. Qu’est ce qu’un ebook, sinon une série de pages HTML compilées ensembles et compressées ? Écrivons donc directement en HTML !

Wendy était <i>complètement folle</i> de Jason.

Donnera une fois publié :

Wendy était complètement folle de Jason.

Et pour les titres et paragraphes :

<h2>Une après-midi d'été</h2>
<p>La chaleur écrasante avait vidé les rues de la villes. Jennifer était allongée sur son lit, toutes fenêtres ouvertes. Son téléphone se mit à sonner.</p>
<p>— Allo ?</p>
<p>C'était Brandon.</p>

Donnera une fois publié.

Une après-midi d’été

La chaleur écrasante avait vidé les rues de la villes. Jennifer était allongée sur son lit, toutes fenêtres ouvertes. Son téléphone se mit à sonner.

— Allo ?

C’était Brandon.

La table des matières sera automatiquement générée en répertoriant les lignes encadrées par les balises </h2>. Les paragraphes seront alinéés plus tards… Pas à s’inquiéter. Si ce n’est que le HTML est emmerdant à écrire. Quand j’en écrit, j’oublie de fermer les balises une fois sur deux.

C’est pour ça que Markdown a été inventé. En fait, le Markdown, c’est une version simplifiée du HTML. Ça se lit… comme un livre, et ça s’écrit intuitivement. Nos exemples ci dessus s’écriront ainsi en Markdown :

Wendy était *complètement folle* de Jason.

Et

## Une après-midi d'été

La chaleur écrasante avait vidé les rues de la villes. Jennifer était allongée sur son lit, toutes fenêtres ouvertes. Son téléphone se mit à sonner.

— Allo ?

C'était Brandon.

Quand même moins geek, non ? Vous écrivez comme ça dans l’éditeur de texte, et la moulinette Markdown vous produira du beau HTML comme s’il avait été codé par Mark Zuckenberg en personne. De là à faire un ebook, c’est trivial (on en parlera dans un autre article).

Si vos navets sont beaucoup lus et qu’un éditeur vous approche pour une édition papier, il s’occupera de convertir le fichier HTML en ce qu’il veut, et vous sera reconnaissant de ne pas être le énième pisse-copie à lui balancer un fichier de traitement de texte sur le bureau.

Sans rire, le traitement de texte, c’est pour imprimer les lettres.

Si vous êtes un peu vieux-jeu, où si vous voulez rouler à voile et a vapeur, alors ça se corse un peu.

Le HTML, c’est parfait pour les ebooks, mais c’est vraiment pas fait pour l’impression. Le LaTeX, si. Et ça se tape différemment. En terme de typographie, c’est loin au delà de ce qu’un traitement de texte peut faire. Traitement de texte qui, je le rappelle au cas où, n’est d’aucune utilité à l’écrivain qui vise plus de cinquante pages. LaTeX est un vénérable programme qui a été inventé avant les livres électroniques. Mais il est tellement bien fait qu’un livre écrit pour LaTeX est facilement convertible en ebook. Le code résultant est beaucoup moins propre qu’un livre écrit directement en HTML (ou en Markdown, on n’est pas masos), mais le résultat pour le lecteur est quasiment le même. Le « quasiment » de différence réside ici dans la taille du fichier final, qui sera un ou deux pourcents plus lourds en passant par LaTeX. Pas de quoi fouetter trois pattes à un canard.

Quid de nos exemples, en LaTeX ?

Wendy était \emph{complètement folle} de Jason.

« emph » pour « emphase »

Et,

\chapter{Une après-midi d'été}

La chaleur écrasante avait vidé les rues de la villes. Jennifer était allongée sur son lit, toutes fenêtres ouvertes. Son téléphone se mit à sonner

--- Allo ?

C'était Brandon.

Notez les trois tirets pour faire un tiret de dialogue. Parce que tout le monde ne connait pas la combinaison de touches pour produire un tiret cadratin « — ». LaTeX est plein de petites attentions comme ça.

Voilà, c’est moins propre que le Markdown mais pas aussi contraignant que le HTML et ça produit des fichiers prêts à l’impression (des PDFs, si vous voulez savoir) d’une beauté à couper le souffle à un typographe. Du genre que les traitements de texte ne pourront jamais atteindre.

Pour revenir à la question originelle : « quel programme utiliser pour écrire », on y a répondu un peu en disant que n’importe quel éditeur de texte fait l’affaire. Mais c’est quand même mieux quand on a un éditeur de texte qui reconnait nos petites balises. Pour le Markdown, il existe plein de programmes spécialisés. Je conseille UberWriter aux utilisateurs Linux. Pour les autres, faites votre shopping. Pour Latex, TexMaker est une bonne solution. Mais chacun sa sauce. Notez au passage que le fait que votre livre est un simple fichier texte signifie que vous pouvez écrire sur n’importe quelle machine qui a un éditeur de texte. Ce qui inclue beaucoup plus de machines que celles qui peuvent faire tourner un traitement de texte. Les téléphones et les tablettes notamment. Je fais plus de la moitié de mon écriture sur une tablette de 7 pouces avec un clavier bluetooth. Mais c’est parce que je voyage beaucoup.

Publier

C’est bien joli d’écrire son livre sur un éditeur de texte, mais il faut transformer le fichier d’écriture en quelque chose de publiable. C’est à dire un fichier HTML pour un ebook ou un fichier PDF pour un livre à imprimer.

La question ne se pose pas vraiment. Si vous avez écrit en Markdown, vous avez déjà un HTML qu’il est trivial de transformer en ebook. Si vous avez écrit en LaTeX, le passage au PDF est l’histoire de quelques secondes.

Non, vraiment, le plus important c’est de choisir dans quel code écrire. Et d’éviter les traitements de texte.

  3 Replies to “Quel programme utiliser pour écrire un livre ?”

  1. Joe
    13 août 2015 at 09:25

    Bonjour !
    Très intéressant mais impraticable pour l’utilisateur lambda quand-même 😉 Je ne vois pas un auteur penser à la fois à son récit et coder du LaTex ou du HTML pour faire sa mise en page dans le même temps. Je vois encore moins cet auteur reprendre son texte a posteriori et le baliser sémantiquement en HTML (ou autre).
    En revanche, l’idée me parait bonne et je me permettrais de suggérer l’emploi d’un éditeur wysiwyg pour écrire tout en générant le code HTML derrière. Dreamweaver est très bien pour ce genre d’utilisation, mais cher et un peu lourd pour quelqu’un qui veut juste taper du texte. Mais il doit bien en exister des éditeurs gratuits faciles d’utilisation. En lançant une petite recherche sur Google, on trouve direct ça : http://outils-web.fr/les-12-meilleurs-editeurs-html-gratuits/.
    Je me pose néanmoins des questions sur l’organisation d’un texte rédigé en HTML : comment le stocker (en un seul fichier ? En une série de fichiers liés par des liens ?).
    Ensuite, détricoter un document balisé pour une édition papier demande un peu de travail ou une bonne moulinette (donc quelques connaissances en informatique).
    Quelle(s) solution(s) emploies-tu au final ?

    • 13 août 2015 at 09:44

      Les problèmes de confort d’écriture que tu soulève sont tout à fait justifiés mais résolu par l’utilisation de Markdown. Je devrais inclure une capture d’écran d’un éditeur Markdown pour montrer à quelle point la syntaxe est intuitive.

      Quand au passage du ebook au papier, la transition HTML > Latex peut être faite sans anicroche par une moulinette telle que pandoc. Un éditeur devra repasser dessus pour ajuster toutes les variable propres au papier.

      • Joe
        13 août 2015 at 10:21

        Oui, un petit exemple serait bienvenu 😉 Rien de tel que l’apprentissage par l’exemple ;-P

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